Depuis des semaines, on l'entend partout : il faut un budget. Les ministres le répètent, les plateaux télé aussi.
Et cette fois, ce n'est pas un élément de langage. Il manque de l'argent à l'État, surtout pour deux postes : les intérêts de sa dette, et l'armée. Tout le reste doit se serrer.
Cet argent, il faut bien aller le chercher quelque part. Chez les grandes entreprises, chez les collectivités, chez les salariés et les retraités, dans l'épargne qui dort, dans la formation.
Reste à savoir qui crie.
C'est l'objet de cette étude : suivre l'argent. D'où il vient, qui en parle, et qui tient la plume quand les députés réécrivent le texte.
- 72 milliards d'intérêts en 2027. À un milliard près, le budget de la Défense.
- 17,2 milliards de hausses, 0,17 d'allègements. Cent euros pris pour un euro rendu.
- 28 milliards d'effort réel, pas 54. Et 61 % viennent des recettes.
- 83 groupes de textes identiques déposés par des partis différents.
- De 1 à 4 amendements adoptés sur 100 pour le RN, LFI et les écologistes. Les lobbies vont voir ailleurs.
- 21 adoptés sur 48 pour le monde agricole. Aucun n'est chiffré.
Le contextePourquoi fallait-il un budget à tout prix ?
72 milliards d'euros. C'est ce que l'État paiera en 2027 pour sa dette, en intérêts et en trésorerie. Le budget de la Défense, lui, fait tout juste plus : 73 milliards.
C'est 13,8 milliards de plus que dans la loi de finances de 2026, soit +23,5 %. La hausse, à elle seule, dépasse le budget annuel de la Justice (13,4 milliards). Ramené à la journée, ça fait environ 200 millions d'euros.
Bercy compte plutôt 10 milliards de plus, parce qu'il compare à sa propre prévision révisée pour 2026.

Du coup, où va l'argent en plus ? À deux endroits.
- La mission qui porte la dette prend 14,1 milliards.
- La Défense, 6,7.
Tous les autres ministères réunis doivent tenir avec 1,6 milliard de plus, ce qui fait une baisse une fois l'inflation passée.
Dans ce reste, il y a la formation professionnelle et l'apprentissage : 1,57 milliard de crédits en moins, de 11,8 à 10,2 milliards. Alors que l'IA sonne à la porte.
Le problème, c'est que ce gouvernement n'a pas de majorité. Et c'est là que ça devient intéressant, parce qu'un budget sans majorité, ça se fabrique autrement.
La factureQui paie ?
La répartition des cibles est la suivante :
Ce qu'il faut en retenir tient en trois phrases. Les six premiers payeurs représentent 91 % de la facture. Les grandes entreprises paient le plus, mais avec une surtaxe qui existe déjà et qu'on prolonge. Et pour les ménages, presque tout passe par des avantages qu'on rabote : ceux des salariés malades, accidentés ou licenciés, ceux des retraités.
Les collectivités, elles, sont plus touchées que le bloc ne le montre. Si on ajoute la baisse du remboursement de TVA, qui se compte côté dépenses, on arrive à 5,35 milliards.
Deux lignes hors de ce total. Le gel des allègements de cotisations, 5,6 milliards pour les entreprises, passe par le budget de la Sécurité sociale et un décret. Et les allocataires perdent 433 millions parce que ni la prime d'activité ni les aides au logement ne sont revalorisées en 2027 : c'est dans la seconde partie du texte, et un décret peut les rétablir.
Le détail, article par article
- Surtaxe des grandes entreprises, troisième annéeArticle 15 · grandes entreprises5,0 Md€
- Contribution des collectivités à l'effort, sans restitutionArticle 37 · communes, départements, intercommunalités2,5 Md€
- Remboursement de TVA aux collectivités : taux baissé de 5 pointsArticle 35 · compté côté dépenses, hors des 17,19 milliards2,09 Md€
- Indemnités journalières maladie, accident du travail, longue maladieArticle 2 · salariés malades ou accidentés1,5 Md€
- Abattement des retraités plafonné à 3 000 eurosArticle 3 · 4,6 millions de foyers, supprimé en commission1,4 Md€
- Prélèvement sur les comptes et assurances-vie oubliésArticle 23 · Caisse des dépôts, une seule fois1,4 Md€
- Plafonds de taxes affectées abaissés, dont 753 millions pour France compétencesArticle 42 · formation, transports, chambres de commerce1,07 Md€
- Indemnités de rupture de contrat moins exonéréesArticle 2 · environ 40 000 salariés820 M€
- Taxe sur les sociétés d'autoroutes et les aéroportsArticle 22 · déjà dans les 6,2 milliards des entreprises800 M€
- TVA affectée aux collectivités freinéeArticle 36 · collectivités600 M€
- Fin d'une exonération de plus-value à la transmissionArticle 5 · cédants d'entreprise500 M€
- Fin du taux réduit de TVA sur la télévision payanteArticle 16 · abonnés304 M€
- Contribution des armateursArticle 15 · transport maritime300 M€
- Amortissement des loueurs en meublé plafonnéArticle 7 · petits bailleurs260 M€
- Taxe sur l'assurance auto facultative, de 18 % à 18,9 %Article 14 · automobilistes, si les assureurs répercutent, comme l'écrit le gouvernement200 M€
Alors, quand on analyse un projet de loi de finances en examinant à la fois le texte, les amendements et le bruit autour, on se dit que forcément les mesures qui coûtent le plus cher seront celles dont on parle le plus.
En fait, non.
- 34M€Une mesure à 34 millions d'euros a déclenché 8 205 articles et posts.
- 2Md€Une mesure à plus de 2 milliards, 128.
- 5Md€Et les plus gros payeurs du texte ne signent presque aucun amendement.
Nous avons posé les 28 mesures chiffrées du budget 2027 sur une même carte.
- De gauche à droite, ce que chacune rapporte à l'État.
- De bas en haut, le nombre d'articles de presse et de posts X qui en parlent, du 15 septembre au 7 octobre 2026.
Les deux traits pointillés correspondent aux médianes : 368,5 millions d'euros et 496 documents.
Le bruit contre l'argent
28 mesures chiffrées du budget 2027. Plus un point est à droite, plus la mesure pèse. Plus il est haut, plus on en parle.
Survolez ou touchez un point pour voir la mesure.
En haut à gauche, les droits d'inscription en BTS et en classes prépa. 34 millions d'euros, et 8 205 articles et posts : c'est la mesure chiffrée la plus commentée de tout le texte. Le gouvernement y a renoncé le 1er octobre au soir, le jour même du dépôt. Attention quand même à ce compteur : sur les 7 591 posts, 6 609 sont des reposts. Il reste environ 1 600 documents originaux, ce qui est déjà énorme pour 34 millions.
En bas à droite, le remboursement de TVA aux collectivités, qu'on baisse : 2,09 milliards d'euros, 128 documents. Soixante fois plus d'argent, soixante fois moins de bruit.
Et puis il y a la surtaxe des grandes entreprises : 5 milliards. L'Afep a bien une position publique contre, mais on la trouve dans 14 articles, et aucune organisation de payeurs ne signe un seul amendement.
C'est finalement ça, un budget écrit sans majorité : on prend l'argent là où personne ne criera. Un budget technique, pas politique. Quand on n'a ni pétrole ni majorité, il reste les idées.
La communication54, 43 ou 28 milliards ?
Un budget pareil, il faut le vendre. Et pour ça il y a trois astuces. Elles ne sont pas nouvelles, on les retrouve à chaque loi de finances, mais cette année elles sont toutes là.
1Annoncer le plus gros chiffre
Le Premier ministre annonce un effort de 54 milliards. Dedans, 43 milliards de mesures nouvelles. Le reste, c'est la montée en charge de décisions prises en 2026.
Le Haut Conseil des finances publiques, dans son avis du 25 septembre, regarde l'effort réel par rapport à l'an dernier. Il trouve 28 milliards : 17 en recettes, 11 en dépenses.
Ça ressemble aux comptages d'une manif, police d'un côté, syndicats de l'autre. Cela dit, soyons justes : ce sont trois méthodes de calcul, et le Haut Conseil l'écrit lui-même. Simplement, pour l'annonce, on a pris la plus flatteuse.
Ce qui compte, c'est le détail des 28. 61 % viennent des recettes. On nous vend des économies, on vote d'abord des impôts.

2Promettre que c'est temporaire
Voilà une spécialité qui est bien française. Depuis 1996, six prélèvements ont été présentés comme temporaires. Quatre sont toujours là. La CRDS devait durer treize ans à partir de 1996 : elle est désormais prévue jusqu'en 2033. La contribution sur les très hauts revenus, dite exceptionnelle, remonte à 2011.
La surtaxe des grandes entreprises, votée en 2025 pour un seul exercice, attaque son troisième. Une seule s'est arrêtée à la date promise : la taxe à 75 % sur les très hautes rémunérations.

3Vider les fonds de tiroir
L'État prélève 1,4 milliard sur les comptes bancaires et les assurances-vie oubliés à la Caisse des dépôts. C'est 17 % d'un stock d'environ 8 milliards, et les titulaires qui se manifestent seront remboursés.
Il prend aussi 753 millions à France compétences, c'est-à-dire sur ce que les entreprises versent pour la formation, et 125 millions à l'agence des chèques-vacances.
Total : plus de 2 milliards, sans toucher un seul taux. Personne ne reçoit de facture, donc personne ne manifeste.

7 octobre, 10 h 11Pourquoi les retraités s'en sortent-ils ?
Le gouvernement voulait plafonner à 3 000 euros l'abattement de 10 % dont bénéficient les retraités. 1,4 milliard d'euros, 4,6 millions de foyers concernés.
Le 7 octobre à 10 h 11, en commission des finances, sept amendements de suppression sont adoptés d'un coup. Ils viennent de six groupes qui ne sont d'accord sur rien : Les Républicains (Laurent Wauquiez et Marc Le Fur), Horizons (François Jolivet), le Rassemblement national (Marine Le Pen), l'UDR (Éric Ciotti), La France insoumise (Éric Coquerel) et les communistes (Nicolas Sansu).
Quatre secondes.
C'est le temps qu'il a fallu pour enregistrer les sept adoptions. Pourquoi une telle unanimité ? Parce que chacun regarde son électorat.


Chez Les Républicains, la logique est simple : 36 % d'électeurs retraités, une huitaine d'amendements pour les protéger. Chez Renaissance, c'est plus compliqué. Les retraités pèsent encore plus lourd, 45 % de l'électorat du camp présidentiel aux législatives de 2024, mais le groupe soutient le gouvernement.
Résultat, des députés Renaissance, dont Marc Ferracci, Olivia Grégoire et Guillaume Kasbarian, ont proposé l'inverse de tout le monde : supprimer complètement l'abattement. Soit 3,6 milliards supplémentaires pour les retraités en 2027, d'après l'exposé de l'amendement de Guillaume Kasbarian. Trois autres amendements du groupe voulaient descendre le plafond à 2 000 ou 2 500 euros. Aucun n'a été voté : ils sont tombés avec l'article.
Le Parti socialiste, lui, n'a déposé aucune suppression sur cet article. Six groupes l'ont fait, pas lui.
À chacun son sujet
Si on regarde sur quoi chaque groupe dépose le plus, on retrouve les électorats.
LFI dépose d'abord pour taxer plus fort les grandes entreprises. Le RN, lui, s'attaque aux agences de l'État : 45 amendements sur les taxes qui les financent, dont 40 portés par Matthias Renault au nom du groupe, et 27 qui rabotent un plafond de 20 %.
Sur le logement et les meublés, on retrouve quatre groupes : PS, LR, Horizons et LIOT. Sur les donations, trois : écologistes, communistes et UDR, avec des objectifs opposés, taxer pour les uns, alléger pour les autres.

Et les agriculteurs ?
Là, il y a un décalage, et il n'est pas celui qu'on croit. Chez les agriculteurs, le RN arrive en tête : 26 % d'intentions de vote aux européennes de 2024 (Cevipof), contre 14 % pour Les Républicains. Pourtant, sur plus de 220 amendements du RN, une poignée seulement les concernent, et aucun ne reprend les niches fiscales demandées par les syndicats agricoles.
Ces niches, on les trouve à droite : 22 amendements agricoles sur 141 chez Les Républicains. Alors, attention : cela ne veut pas dire que le RN est contre les agriculteurs. Il dépose peu pour eux, c'est tout.
Le bruit, encoreEst-ce que ceux qui parlent le plus gagnent le plus ?
Et ben non.
Ceux qui font le bruit ne sont pas ceux qui font adopter
Les 11 groupes de l'Assemblée : ce qu'on en dit, ce qu'ils déposent, ce qui passe en commission.
Parti socialiste
Renaissance
Écologistes
Gauche démocrate et républicaine
Horizons
UDR
LIOTOn retrouve la même chose côté organisations. La CGT est citée dans 802 articles et près de 400 posts sur X. Un amendement la mentionne. Un seul. La Cour des comptes, 586 articles. Mais elle n'est pas un lobby : on la cite comme source, et aucun amendement n'est déposé pour elle. À l'inverse, la FNSEA n'apparaît que dans 56 articles, mais 37 amendements reprennent ses demandes. Discrète dans la presse, c'est pourtant elle qui inspire le plus d'amendements.
Être aimé sur les réseaux, ce n'est pas être aimé en commission.
Les coulissesLes couacs
À force de déposer 1 797 amendements en quelques jours, il en reste des traces. Trois cas, relus sur le site de l'Assemblée, avec le sort de chaque amendement pour ne pas moquer une erreur déjà rattrapée.


Le troisième est un amendement au budget 2027 dont le texte entre en vigueur le 1er janvier 2025. Il existe en deux exemplaires, et son auteur les a retirés depuis.
Et puis il y a le tabac. 752 amendements sur 1 579, près d'un sur deux, sont gagés sur le tabac : leur coût serait compensé par une taxe additionnelle. Simple clause de recevabilité. Personne ne compte taxer les fumeurs 750 fois.

La méthodeComment repère-t-on un lobby dans 1 797 amendements ?
On part de tous les amendements, près de 1 800. Les 1 373 qui ont un vrai texte sont comparés deux à deux : 941 878 paires. On garde celles qui se ressemblent à 80 % ou plus.
L'idée est simple. Deux députés du même parti qui déposent le même texte, c'est une consigne de groupe. Deux députés de partis différents qui écrivent le même amendement, à la virgule près, ça arrive rarement tout seul. Souvent, le texte leur a été fourni. Pas forcément par un lobby.
83 groupes de textes identiques entre partis.


Une fois le doublon trouvé, il faut savoir d'où il vient. Soit l'un des députés le dit, noir sur blanc, dans son exposé : « travaillé avec ». Soit nous recoupons le texte avec une base d'organisations : le registre officiel des représentants d'intérêts, leurs sites, leurs notes de position, leurs communiqués.
Au total, 231 amendements sur 1 797 sont liés à une organisation, soit 12,9 %. On y retrouve la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, les vins d'appellation, le logement social, les entreprises d'outre-mer. Et, de façon plus incertaine, des textes proches des demandes du syndicat du spectacle vivant privé.
Un doublon n'est pas une preuve. Sur les 95 groupes de textes identiques, 83 entre partis et 12 à l'intérieur d'un même groupe, 44 n'ont aucune organisation derrière eux. Convergence politique, mission parlementaire, tactique : il y a d'autres raisons de déposer le même texte.
Faut-il s'en inquiéter ?
Pas forcément. Représenter ses administrés, c'est le travail d'un élu, et personne ne s'étonne qu'un député de la Marne, Charles de Courson, porte les amendements des vignerons de Champagne.
Par contre, il faut le dire. Et là, tout le monde ne joue pas pareil.
Chez Les Républicains, 46 amendements sur 161, soit 28,6 %, sont identiques à celui d'un autre groupe ou viennent d'une organisation. 2 nomment une source. Au Parti socialiste, 47 amendements sur 290 la nomment.
Une précision qui compte : identique ne veut pas dire copié. Sur les 45 doublons des Républicains, 24 ont été déposés en premier ou le même jour que les autres.

Autre cas d'école. Sur quatre articles qui touchent les collectivités, un député socialiste et une députée MoDem déposent le même texte, et écrivent tous les deux qu'il a été préparé avec Intercommunalités de France. Un député LIOT dépose le même, en citant France urbaine. Aucune des deux associations n'est au registre des lobbies, et c'est normal : la loi en dispense les associations d'élus.
Les exemplesFlagrant ou subtil ?
Parfois, ça se voit tout de suite. Le 2 octobre, Josiane Corneloup, députée Les Républicains, dépose un amendement. Le 4, Romain Eskenazi, député socialiste, dépose un texte identique à 98,6 %. Seule différence, une phrase à la fin : « travaillé avec UNIFAB », l'Union des fabricants. UNIFAB est aussi citée par une députée Renaissance, et un autre socialiste dépose le même texte sans la nommer. Trois groupes, un seul texte.
Le même texte dans trois groupes. Entre les deux premiers, un seul dit d'où il vient.
Quand la mention disparaît
Parfois, c'est plus subtil. Amorce est une association qui représente les collectivités sur les déchets. Elle publie un document de propositions d'amendements. Page 32, on lit ceci :
« Ces déchets qui relèvent donc de la responsabilité élargie du producteur sont finalement pris en charge par les collectivités responsables du service public de gestion des déchets qui, de façon injuste, sont redevables de la TGAP sur cette part de déchets. »
La même phrase, au mot près, figure dans l'amendement I-CF950. Il est signé par Stéphane Delautrette, député socialiste de la Haute-Vienne, et 25 de ses collègues. Il connaît le dossier, puisqu'il est co-rapporteur d'une mission d'information sur les éco-organismes. En 2024, le même texte se terminait par « Amendement travaillé avec Amorce ». Depuis 2025, la mention n'y est plus. Alors que sur l'amendement d'à côté, l'I-CF949, déposé le même jour par le même député, elle y est encore.
Même histoire avec France urbaine, qui fédère les grandes villes et les métropoles. L'exposé de l'amendement I-CF1312 sur la taxe de séjour, signé par Mélanie Thomin, députée socialiste du Finistère, et dix de ses collègues, reprend mot pour mot la page 35 de sa liasse d'octobre 2025 : 214 mots sur 214. En 2024, dès sa première phrase, ce texte se disait « soumis par France Urbaine ». En 2026, plus rien.


Une centaine de documents, neuf reprises
Nous avons comparé une centaine de documents publics d'organisations, communiqués, notes et liasses, aux amendements. Dans neuf amendements, une phrase entière est reprise.
Cinq fois sur neuf, l'exposé nomme l'organisation. Rien à redire. Deux fois, le document a été publié après l'amendement : impossible de dire qui a repris qui. Et les deux dernières fois, ce sont les mentions de 2024 qui manquent.
Soyons clairs. Ces documents sont faits pour être repris : chez Amorce, chaque proposition commence par « Présenté par », suivi d'un blanc à remplir. Et aucune règle n'impose de citer sa source.
Je pense néanmoins que la vraie question est là. C'est exactement ce qui rend le lobbying difficile à voir. Et encore, nous ne regardons que ce qui est publié. Le reste circule par mail.

La tactiqueQui les lobbies visent-ils ?
Il n'y a pas une façon de peser sur un budget. Dans celui-ci, on en voit six, et elles ne se ressemblent pas du tout.




C'est finalement une opposition entre ceux qui écrivent et ceux qui parlent. Et ceux qui écrivent savent très bien à qui écrire.
Le centre, pas les extrêmes
Prenons les treize organisations les plus actives, celles qui ont au moins cinq amendements. Elles en totalisent 151. Sur ces 151, 108 sont portés par trois groupes : le Parti socialiste (43), Les Républicains (34) et Renaissance (31). Le Rassemblement national : zéro. La France insoumise : un.
Les lobbies parlent au centre
Amendements portés par chaque groupe pour chaque organisation : le PS, Renaissance et Les Républicains en portent 108 sur 151. Organisations à 5 amendements ou plus.
| Organisation | GDR | Écologistes | PS | Renaissance | Horizons | LIOT | UDR | Total | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
FNSEA | 2 | 10 | 1 | 4 | 15 | 5 | 37 | |||||
Entreprises d'outre-mer (FEDOM) | 8 | 5 | 1 | 3 | 17 | |||||||
Union sociale pour l'habitat | 8 | 2 | 6 | 16 | ||||||||
Jeunes Agriculteurs | 4 | 4 | 1 | 1 | 10 | |||||||
Unifab | 5 | 3 | 2 | 10 | ||||||||
| 3 | 1 | 3 | 3 | 10 | ||||||||
UGVC | 3 | 1 | 3 | 3 | 10 | |||||||
Départements de France | 1 | 3 | 5 | 9 | ||||||||
CMA France | 1 | 1 | 1 | 1 | 2 | 1 | 7 | |||||
Fédération nationale bovine | 1 | 1 | 1 | 3 | 1 | 7 | ||||||
| 3 | 4 | 7 | ||||||||||
Vignerons de Champagne | 2 | 1 | 3 | 6 | ||||||||
Le Mouvement associatif | 1 | 4 | 5 | |||||||||
| Total des amendements | 1 | 0 | 1 | 43 | 0 | 31 | 9 | 24 | 34 | 8 | 0 | 151 |
S'il y a des pestiférés, ce sont eux. Moins faciles à approcher, sans doute. Mais surtout, c'est logique.
Au 9 octobre 2026 à 1 h 46, le Rassemblement national a fait adopter 3 amendements sur 225, soit 1,3 %. La France insoumise, 7 sur 237. Les écologistes, 6 sur 165. De 1 à 4 sur 100 pour les trois.
En face, Horizons est à 16,9 %.
Pourquoi perdre du temps avec des groupes qui ne font rien passer ?

Cinq députés portent presque un quart des amendements
77 députés sur 569 portent au moins un amendement lié à une organisation. Et cinq d'entre eux en portent 54 sur 231, soit 23,4 % : Charles de Courson (14), François Jolivet (12), Daniel Labaronne (11), Mickaël Bouloux (9) et Béatrice Bellay (8).
Pourquoi eux ? Charles de Courson vice-préside le groupe d'études consacré à la vigne et au vin. Résultat, ses textes sont les mêmes que ceux des vignerons de Champagne, de la FNSEA et des vins d'appellation.
François Jolivet, lui, est vice-président du groupe d'études logement. On retrouve chez lui les textes du logement social et des promoteurs, et il nomme les Jeunes Agriculteurs.
La logique est là : c'est dans les groupes d'études que les filières viennent plaider leur cause.

Est-ce une affaire de territoire ?
Presque jamais, et c'est la surprise de cette étude.


La seule vraie exception, c'est l'outre-mer.
Le registreY a-t-il des cabinets derrière les lobbies ?
Un cabinet de lobbying est obligé de déclarer ses clients. Le registre est public, il est tenu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Nous avons donc cherché nos 79 organisations dans les listes des 341 cabinets inscrits.
31 sont ou ont été clientes d'un cabinet. 48 n'en ont aucun.
Et c'est dans les 48 qu'on trouve celles qui font adopter le plus d'amendements : les entreprises d'outre-mer, les Jeunes Agriculteurs, et tout le vin, appellations, cognac et Champagne. Elles font leurs affaires publiques en interne. Elles savent être efficaces.
Le syndicat déclare 300 000 à 400 000 euros de lobbying par an. Il figure parmi les clients déclarés d'un cabinet de conseil, et l'a été d'un second jusqu'en 2024. En 2025, il a déclaré vouloir déplafonner les taxes affectées à la musique et au théâtre privé. Un de ses cabinets a déclaré le même sujet.
En 2026, on compte seize amendements pour supprimer ou relever ces plafonds. Ils sont signés par quatre députés de quatre groupes, de la gauche à la droite. Aucun de ces seize ne nomme Ekhoscènes.
Ce sont celles que déclarent les 79 organisations et leurs cabinets. 34 ont travaillé dans un cabinet ministériel, à Matignon ou à l'Élysée, et vingt d'entre elles sont aujourd'hui dans des cabinets de conseil. Parmi les responsables des organisations citées ici, au moins cinq ont travaillé auprès d'un parlementaire.
Ces organisations se connaissent aussi entre elles. Un responsable des vignerons de Champagne a été pendant environ dix-sept ans à la tête de la confédération des vins d'appellation. Et c'est chez les Jeunes Agriculteurs que le directeur général de la FNSEA a débuté.
Le résultatQui gagne ?
Le monde agricole. Et de loin.
Au 8 octobre 2026, 21 amendements adoptés sur 48 en commission pour six organisations : la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs, les vins d'appellation, le cognac, la Champagne et la fédération bovine. Ça fait 44 %, quand la commission adopte 6 % des amendements tous groupes confondus.
Le plus malin, c'est la manière. La FNSEA ne combat aucune taxe. Ses 37 amendements créent tous un article nouveau, autrement dit un avantage fiscal de plus, et 29 sont placés juste après l'article 15. 14 sont déjà adoptés.

Deux précautions. Ces 37 amendements sont ceux que notre méthode attribue à la FNSEA : 15 seulement la nomment dans leur exposé. Et adopté en commission, ce n'est pas voté : en séance, on repart de la copie du gouvernement, pour qu'ils soient discutés, il faudra donc les redéposer.
Mais le résultat est là. Ceux qui gagnent sont ceux qu'on n'entend pas : 56 articles de presse pour la FNSEA en trois semaines. On est loin des 8 205 de la prépa.
La suiteEt maintenant ?
Tout ce qui précède est une photo de la commission des finances. Le film reprend en séance le 13 octobre, avec quatre batailles à suivre jusqu'au 17 novembre.
Les collectivités, qui portent 5,35 milliards si on compte tout. Les retraités, dont l'article revient dans l'hémicycle. La surtaxe des grandes entreprises, qu'aucune de leurs organisations ne défend par un amendement, alors que des députés proposent déjà de la réduire. Et la formation, qui arrive avec la deuxième partie du budget.

SourcesOù vérifier
- Projet de loi de finances pour 2027, texte n° 3210 et évaluations préalables : assemblee-nationale.fr
- Avis du Haut Conseil des finances publiques n° 2026-5 du 25 septembre 2026 : hcfp.fr
- Effort de 54 milliards : Public Sénat, Euronews
- Canal+ et la TVA de la télévision payante : Ozap, LCP
- Renoncement aux droits d'inscription en CPGE et STS : AEF info
- CRDS : CADES · Taxe à 75 % : décision 2013-685 DC · Contribution sur les hauts revenus : Légifrance
- Amendements cités : I-CF3, I-CF946, I-CF950, I-CF949, I-CF1312, I-CF278, I-CF930, I-CF1134, I-CF1396, I-CF355, I-CF357, I-CF398, I-CF1274, I-CF1856, I-CF638, I-CF326, I-CF604, I-CF1664
- Documents d'organisations comparés : liasse de France urbaine (octobre 2025), propositions d'Amorce (PLF 2024)
- Répertoire des représentants d'intérêts : HATVP, données ouvertes · Exclusion des associations d'élus : loi du 11 octobre 2013, article 18-2
- Agriculteurs et vote : CEVIPOF, européennes 2024 · Mesures agricoles du budget : Réussir










